Sarah Dvora Friedheim
Sexologue, Thérapeute de Couple, Coach en intimité juive
La lubrification n’est pas un thermomètre du désir. Elle est complexe et multifactorielle : émotions, stress, fatigue, hormones, qualité de la relation, sécurité émotionnelle ou encore contexte de vie influencent l’excitation. Une femme peut ressentir du désir ou du plaisir sans lubrification suffisante, tout comme une lubrification peut survenir sans excitation. L’absence de lubrification ne doit donc jamais être interprétée comme un manque d’envie ou d’attirance.
Le lubrifiant constitue avant tout un véritable outil de bonne santé intime qui protège les muqueuses, diminue les inconforts, prévient certaines irritations ; il participe au maintien d’une bonne santé vulvo-vaginale et contribue au bien-être sexuel à tous les âges de la vie.
Mais, les besoins d’une jeune femme découvrant l’intimité ne sont pas ceux d’une femme en post-partum ou en ménopause. De même, certaines situations médicales traitements hormonaux, cancer, atrophie vulvo-vaginale nécessitent des précautions particulières.
Bien choisir son lubrifiant, l’utiliser systématiquement et de manière décomplexée à chaque rapport, ne pas se gêner pour en remettre au cours de la relation si besoin, est essentiel !
LES CRITERES GENERAUX D’UN BON LUBRIFIANT
Quel que soit l’âge, il est toujours préférable de privilégier des lubrifiants dermatologiques et dont le pH est adapté à la zone vulvo-vaginale, afin de préserver l’équilibre du microbiote. Les formulations sans parfum, sans colorant et sans alcool sont généralement mieux tolérées.
Les lubrifiants à base d’eau conviennent à la majorité des situations. Enrichis en agents hydratants tels que l’acide hyaluronique, l’aloe vera ou la vitamine E, ils sont adaptés en cas de sensibilité.
Les formulations à base de silicone sont intéressantes pour une sexualité mature et active lorsqu’un glissant plus durable est recherché.
On évitera, en revanche, les agents chauffants ou stimulants, susceptibles d’irriter les muqueuses, les parabènes et la glycérine (favorise les irritations ou les mycoses).
Bien qu’elle soit souvent perçue comme un produit neutre et protecteur pour la peau, la vaseline n’est pas recommandée comme lubrifiant intravaginal. Très occlusive, elle persiste longtemps et peut perturber l’équilibre du microbiote avec un risque de vaginose bactérienne.
LES DEBUTS DE L’INTIMITE : PROTEGER DES MUQUEUSES ENCORE SENSIBLES
Chez les jeunes femmes découvrant la sexualité, les tissus vulvo-vaginaux plus sensibles, le stress, l’appréhension ou la nouveauté de l’expérience peuvent également rendre la lubrification naturelle plus variable.
Un lubrifiant à base d’eau est souvent le plus adapté.
À l’inverse, certains produits sont moins recommandés lors des premiers rapports comme les huiles (voir encadré en fin d’article) et les lubrifiants au silicone (suspectés de contenir des perturbateurs endocriniens) qui offrent un glissant très durable, certes, mais parfois trop important dans une première expérience, car ils peuvent favoriser une pénétration plus rapide, moins progressive, diminuant le retour sensoriel. Cela peut conduire certaines jeunes femmes à ne pas percevoir suffisamment les sensations d’inconfort ou de friction excessive (risque de microfissures, douleur, mauvais ressenti…).
Une progression douce, une bonne communication et le respect du rythme de chacun restent les meilleurs alliés d’une découverte sereine de l’intimité.
GROSSESSE ET POST-PARTUM : DES MUQUEUSES PLUS VULNERABLES
La grossesse et la période qui suit l’accouchement s’accompagnent d’importantes modifications hormonales. Certaines femmes décrivent une hypersensibilité des muqueuses, tandis que d’autres souffrent au contraire d’une sécheresse importante, particulièrement pendant l’allaitement.
Durant cette période, il est préférable d’opter pour des lubrifiants à base d’eau, avec de l’acide hyaluronique, de l’aloe vera ou de la vitamine E qui peuvent contribuer au confort et soutenir la récupération des tissus.
PERIMENOPAUSE ET MENOPAUSE : ACCOMPAGNER LES CHANGEMENTS HORMONAUX
À partir de la quarantaine et plus encore après la ménopause, la baisse des œstrogènes entraîne fréquemment une diminution de la lubrification naturelle. Les muqueuses deviennent plus fines, plus fragiles et davantage sujettes aux micro-fissures ou aux douleurs lors des rapports.
Dans ces situations, des lubrifiants à base d’eau enrichies en acide hyaluronique, vitamine E de texture plus riche ou de type gel, sont particulièrement bénéfiques. Il est parfois recommandé de commencer un traitement régulier à base d’ovules entre les rapports. Certaines femmes apprécient également les lubrifiants à base de silicone pour leur effet longue durée.
SENIORS, TRAITEMENTS MEDICAUX ET SECHERESSES SEVERES
Certaines situations médicales traitements anticancéreux, hormonothérapie, atrophie vulvo-vaginale ou vieillissement avancé peuvent entraîner une sécheresse importante, parfois associée à des brûlures ou des démangeaisons.
Dans ces cas, l’objectif n’est pas seulement de faciliter les rapports, mais aussi de protéger et restaurer les tissus.
L’alternance entre un lubrifiant dermatologique hypoallergénique, enrichis en acide hyaluronique et vitamine E utilisé lors des rapports et un hydratant vaginal (crème, gel ou ovule) appliqué régulièrement entre les rapports peut apporter une amélioration significative.
En cas de sécheresse persistante, de douleurs lors des rapports ou d’inconfort chronique, il est important d’en parler à son sexologue car de nombreuses solutions complémentaires sur avis médical existent (crèmes ou gels aux œstrogènes, Injections d’acide hyaluronique, Laser, Ultrasons, Radiofréquence…)
En conclusion, Le lubrifiant intime ne doit pas être perçu comme un « accessoire », mais comme un véritable allié de la santé sexuelle et de l’hygiène intime. Votre sexologue vous accompagne en vous présentant la solution adaptée à votre situation personnelle, les bonnes pratiques et vous adressera à un professionnel de santé adéquat si besoin.
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ET LES HUILES ?
Les huiles végétales (huile de coco, d’amande douce, etc.) peuvent être intéressantes pour le soin de la vulve externe lorsqu’elles sont bien tolérées. En revanche, leur utilisation intravaginale comme lubrifiant n’est généralement pas recommandée en première intention. Leur caractère occlusif crée un film gras qui diminue les frottements sans véritablement hydrater les muqueuses. Certaines données suggèrent également qu’elles pourraient favoriser un déséquilibre du microbiote ou la prolifération de levures chez certaines femmes prédisposées (Mycoses). Enfin, leur glissant très durable peut ne pas être idéal lors des débuts de l’intimité. Pour ces raisons, les lubrifiants à base d’eau, formulés pour respecter le pH et le microbiote vulvo-vaginal, restent le premier choix en gynécologie.
Nota bene : Les textures épaisses, type crème vaginales ou vaseline, sont interdites pour Chabbat. La plupart des lubrifiants à base d’eau ou de silicone sont autorisés pour Chabbat. En cas de doute, demandez à votre sexologue spécialisé en intimité cachère ou à votre Rav.





