Sarah Dvora Friedheim
Sexologue, Thérapeute de Couple & Coach en Intimité
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« Je l’aime toujours, mais je n’ai plus envie. »
Cette phrase, je l’entends régulièrement en consultation. Beaucoup de femmes attribuent spontanément leur baisse de désir à la fatigue ou à la charge mentale. Et il est vrai que ces facteurs jouent un rôle important. Mais la réalité est souvent plus complexe.
Dans leur ouvrage consacré au burn-out féminin, Emily et Amelia Nagoski expliquent que le problème n’est pas seulement le stress, mais le fait que notre corps reste parfois bloqué dans un état d’alerte permanent. Même lorsque la journée est terminée, le système nerveux continue à fonctionner comme s’il devait encore gérer une urgence.
Dans cet état, il devient difficile d’accéder au plaisir, à la détente et à la disponibilité émotionnelle nécessaires à l’intimité.
Cependant, réduire la charge mentale ne suffit pas toujours à faire revenir le désir.
Si c’était le cas, toutes les femmes retrouveraient automatiquement une libido épanouie pendant les vacances ou après une période moins chargée. Or ce n’est pas ce que l’on observe en pratique.
La charge mentale ne correspond d’ailleurs pas simplement à une grande quantité de travail. Il s’agit aussi de cette responsabilité invisible consistant à anticiper, organiser, prévoir, coordonner et penser en permanence à ce qui doit être fait.
Mais le désir féminin dépend également d’autres dimensions fondamentales :
- la qualité du lien conjugal ;
- le sentiment de sécurité émotionnelle ;
- le sentiment d’être comprise, soutenue et valorisée ;
- la possibilité de se reconnecter à soi-même en dehors de ses rôles de mère, d’épouse ou de gestionnaire du quotidien ;
- et surtout le plaisir vécu dans l’intimité.
Les travaux de la sexologue Rosemary Basson ont d’ailleurs montré que, chez de nombreuses femmes, le désir n’apparaît pas nécessairement avant l’intimité. Il peut émerger progressivement à partir d’un sentiment de proximité, de sécurité et de plaisir partagé.
Par ailleurs, les travaux du Dr Esther Hirch, ajoutera les notions de mémoire désirante, de réalité intrapsychique…
Autrement dit, le désir ne se résume pas à une question d’hormones ou de fatigue ; même si c’est une réalité parallèle.
Certaines femmes ne perdent pas seulement leur libido : elles perdent progressivement l’accès à leur élan vital, à leur spontanéité, à leur capacité à jouer, à rêver, à ressentir et à se laisser toucher.
La question n’est donc pas seulement : « Comment retrouver du désir ou éliminer le stress ? ». Mais « Comment retrouver suffisamment d’espace intérieur pour redevenir pleinement vivante dans sa relation à soi et à son conjoint, comment trouver plus de plaisir et de connexion dans l’intimité ?»
Le rôle de la sexologue et thérapeute de couple est d’aider à identifier les différents freins au désir, mais aussi les ressources sur lesquelles s’appuyer pour le faire renaître.
Le travail thérapeutique peut notamment porter sur la qualité de la communication dans le couple, le partage de la charge mentale, la reconnexion au plaisir, l’amélioration de l’image de soi, la diminution de certaines anxiétés, la compréhension du fonctionnement du désir féminin ainsi que la création de nouveaux espaces de complicité et d’intimité.
L’objectif n’est pas de « forcer » le désir à revenir, mais de recréer les conditions favorables à son émergence naturelle au sein de la relation ; y compris dans le cadre d’une bonne santé sexuelle partagée.





