THERAPEUTE DE COUPLE OU CONSEILLER CONJUGAL : LEQUEL CHOISIR ?

Dans la communauté juive, le couple évolue, les attentes aussi. Entre thérapeute de couple et conseiller conjugal, comment choisir l’accompagnement adapté pour renforcer le Shalom Bayit ? Cet article explore leurs rôles, leurs outils et l’importance de l’alliance professionnelle dans le mariage contemporain.
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Sarah Dvora Friedheim

Thérapeute de Couple, Sexothérapeute, Madri'hat Kala & Coach en Chidoukhim

DEUX CHEMINS,
UNE MÊME AMBITION

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Le mariage juif reste fondé sur la Torah, mais dans un monde en mutation, les attentes du mari et de la femme évoluent plus vite que les modèles, et la Foi ne protège plus toujours du divorce. Dans ce contexte, les professionnels du lien conjugal deviennent aujourd’hui des partenaires essentiels du Shalom Bayit. Mais comment choisir le bon accompagnement ? Et si la clé résidait moins dans la méthode que dans la relation créée avec le professionnel ?

Sim’ha, 36 ans, vit à Paris, avec son mari Ari, qui a bien réussi dans l’immobilier, ses quatre enfants, dans un penthouse où cohabitent avec bonheur, B’H’, autant de Lego que de bénédictions. Mais au fond d’elle, une petite voix commence à hurler plus fort que les cris des enfants pour réclamer leur goûter : « Et moi, je suis où, là-dedans ? ». Elle se prend à rêver d’autre chose que de ramasser des chaussettes orphelines. Alors un soir, elle lance :

– « Ari, j’aimerais travailler ou peut-être reprendre des études ? »

Mais Ari, lui, ne perçoit que les risques, aveugle et sourd aux aspirations de son épouse :

« Sans diplôme, ni formation et avec quatre enfants… ça va être compliqué. On verra. ». Conversation close. Micro éteint.

Alors Sim’ha se tourne vers la lumière : cours de Torah, Farbrenguen de femmes… Mais là aussi, le micro raconte le succès d’autres femmes qui ont osé :

« ma troisième boutique de création de bijoux ! »            
« Une asso qui chouchoute les mamans ! »             
« Diplômée à 39 ans, ingénieure ! »

Et elle, dans le public, applaudit… et s’efface. Le sentiment d’être invisible, imparfaite, infiniment en manque d’elle-même. Parce que oui : tenir une maison avec quatre enfants, c’est déjà du C-level Management. Mais elle ressent une soif profonde d’accomplissement personnel, le besoin de créer quelque chose qui lui appartienne en dehors de la sphère des tâches domestiques. Elle rêverait qu’Ari lui dise : « Je crois en toi, tu pourrais faire tant de choses avec tes qualités » avant même qu’elle sache où elle va. Mais à la place : silences, maladresses, évitements… Malgré la distance qui s’installe entre eux, la vie continue à la surface d’une nouvelle strate de frustration. Elle a désormais l’impression que même leur sortie bimensuelle « en amoureux » devient le théâtre de discussions aussi artificielles qu’ennuyeuses. Pourtant ce rituel du « moment à deux » tant préconisé par les prêcheurs de Shalom Bayit est censé fonctionner ! « Alors pourquoi pas pour nous ? », se demande Sim’ha

OBJECTIF SHALOM BAYIT

Le cadre du mariage juif, basé sur la Torah, demeure la fondation commune du couple. Pourtant, les représentations du couple, du rôle conjugal et de l’accomplissement personnel ont profondément évolué. Cette tension entre permanence des valeurs et mutation des attentes explique que même les couples les plus religieux ne sont pas à l’abri des crises et les chiffres du divorce dans notre communauté sont aujourd’hui alarmants. Beaucoup de couples, surtout les hommes, hésitent à consulter : peur de perdre la maîtrise, peur qu’un tiers “mette le bazar” ; ils doutent qu’il existe des solutions qu’ils ne pourraient découvrir seuls. Ce n’est pas un manque de compétence qui empêche un couple de se comprendre, c’est le manque de regard objectif. Le thérapeute ne prend pas le contrôle de la relation : il restaure la capacité du couple à se voir tel qu’il est, au-delà des filtres de la blessure, du déni, de la honte… et permet de faire émerger ce qui est dissimulé sous le tapis du quotidien car ce qui est mis en mots cesse d’agir en silence. Il offre un regard extérieur et bienveillant, là où le couple est souvent prisonnier de ses angles morts.

Décider de consulter n’est pas un aveu d’échec dans son Shalom Bayit, mais bien au contraire, un acte de grande maturité relationnelle : «je veux agir maintenant pour notre bonheur à deux ». Cette démarche peut même devenir une forme de routine positive, un investissement dans le développement de la relation. Il n’est pas nécessaire d’attendre que le mot « divorce » soit prononcé ; à ce moment-là c’est souvent trop tard. En intervenant tôt face à des motifs récurrents de tension, à un désir d’évolution non assumé, à une intimité non satisfaisante ou qui se désertifie, on multiplie les chances de préserver l’alliance et d’éviter que la rancœur prenne racine. « Pas le temps », « trop de travail », « C’est compliqué avec les enfants » … et bien non, le couple d’abord ! La véritable force réside dans la conscience et l’action, non dans la dissimulation et l’évitement.

Face aux injonctions qui entourent la vie conjugale, consulter, même en Zoom (souvent plus facile en termes d’organisation et tout aussi efficace) est en soi un acte responsable. C’est reconnaître que le Shalom Bayit mérite un espace plus qualitatif que la fameuse soirée au restaurant « pour se retrouver » (à conserver pour autant !). C’est investir dans la solidité du lien, dans la qualité de la communication, dans la capacité d’évoluer côte à côte sans jugement. Finalement, l’objectif dépasse largement la résolution d’un problème ponctuel : il s’agit de préserver la vitalité du couple, sa créativité et son avenir.

LE THÉRAPEUTE ET LE CONSEILLER

Le thérapeute de couple intervient lorsque la relation elle-même devient le lieu de la souffrance. Son terrain est celui des émotions enfouies, de l’insécurité affective, du cycle d’interactions qui finit trop souvent par isoler les partenaires dans leurs défenses respectives. Il éclaire l’histoire du couple, ses blessures et ses loyautés invisibles. Il dispose d’une véritable boîte à outils relationnels et psychologiques, selon son approche (Thérapie Imago, Communication Non Violente, approche systémique et familiale, etc.), qui aide à dépasser les blocages en identifiant rapidement ce qui fonctionne déjà, en amplifiant les forces du couple et en lui proposant des outils pour puiser dans ses propres ressources.

Dans le cas d’un couple où la communication se crispe dès qu’un projet individuel remet en question l’équilibre familial, comme pour Sim’ha et Ari, le thérapeute aide à travailler la dynamique relationnelle et les modèles internes du couple. Il pourra notamment explorer les peurs d’Ari (perte de contrôle ? sécurité du foyer ?), valoriser la charge affective et invisible de Sim’ha (besoin de reconnaissance, confiance en soi), favoriser une communication empathique (Ari : apprendre à écouter sans invalider Sim’ha, etc. Le thérapeute ne cherche pas à décider du futur, mais à permettre à chacun de redevenir disponible au lien, en profondeur et sur le long terme.

Le conseiller conjugal, quant à lui, se situe davantage dans une dynamique d’orientation et d’accompagnement des choix dans l’immédiateté. Il aide les couples à structurer leurs réflexions, à clarifier leurs engagements, à rendre le quotidien plus fluide. Lorsque Sim’ha souhaite reprendre des études après des années consacrées à ses enfants, le conseiller conjugal aidera le couple à envisager concrètement les impacts sur l’organisation familiale, la garde, le rythme de vie ou encore l’équilibre financier. Son champ d’action se concentre sur la mise en place de solutions pragmatiques.

S’il existe de nombreux domaines transversaux comme la fixation d’objectifs, par exemple, d’un point de vue manichéen, les deux pratiques répondent aux besoins différents d’un même système : l’un s’occupe du moteur émotionnel et sécurise le lien, l’autre du tableau de bord. Dans les faits, les couples évoluent souvent d’un cadre à l’autre au fil de leur cheminement, afin de réparer ce qui entrave avant de faciliter ce qui transforme.

L’ALLIANCE THÉRAPEUTIQUE

Mais au-delà des méthodes et des compétences, un élément majeur rassemble ces deux champs professionnels : la qualité de l’alliance créée avec le couple. Toutes les études contemporaines en psychologie relationnelle soulignent que la première variable de réussite d’une démarche d’aide ne réside ni dans l’approche, ni dans la technique, mais dans la relation entre le professionnel et les personnes accompagnées. Dans l’espace thérapeutique ou dans l’accompagnement conjugal, c’est la confiance – celle de pouvoir s’exprimer, se tromper, douter, pleurer ou rêver – qui permet la progression.

Ainsi, le choix entre thérapeute de couple et conseiller conjugal, n’est pas toujours une question d’orientation stricte. Il relève aussi du ressenti face au professionnel, de sa manière d’accueillir la singularité du couple, de son éthique relationnelle, et de l’impression intime qu’ici, ensemble, on pourra avancer. L’accompagnement se construit pas à pas. Une séance pour tester le feeling, puis un cycle de cinq séances pour un début de transformation, et la possibilité de continuer ou de suspendre en fonction des besoins du moment. La liberté du couple reste toujours au centre de l’accompagnement.

Il en est de même pour les rôles croisés du Rabbin et du Thérapeute/Conseiller Conjugal. Le Rabbin éclaire le chemin à la lumière de la Torah, en renforçant notamment l’engagement autour du sens profond du Mariage. Le thérapeute offre un cadre sécurisant pour ouvrir de nouvelles voies de communication émotionnelle, libérer les blocages, et permettre au couple de nourrir sa relation en puisant dans ses propres forces. Et c’est peut-être là tout le défi du mariage contemporain : rester fidèle à des valeurs éternelles tout en réinventant, ensemble, la façon de les vivre.

Choisir de se faire accompagner, c’est déjà faire un pas vers plus de conscience et d’harmonie. Et que l’on soit guidé par un thérapeute de couple ou un conseiller conjugal, l’essentiel est de trouver celui ou celle auprès de qui l’on se sent en sécurité pour continuer à construire un « nous » vivant, évolutif, flexible, et toujours en accord avec le principe d’unicité.

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